Un professeur pète les plombs: explications

D’accord ou pas d’accord avec le poisson d’avril de Justin Leroux, là n’est pas le propos de ce billet. La diffusion de la fameuse vidéo au sujet du poisson d’avril est très intéressante pour quiconque veut comprendre la “viralité” désormais rendue possible grâce aux youtube, blogues, dailymotion de ce monde.

Justin a accepté de faire un résumé de sa mésaventure:

Cette dernière semaine a été complètement folle! La plaisanterie innocente dont vous avez probablement entendu parler a été retirée de son contexte par un inconnu et a pris des proportions gigantesques, attirant l’attention des média et de près d’un demi-million de personnes en quelques jours.

Initialement, deux versions de la vidéo étaient affichées sur YouTube en fin de journée du 3 avril: une version courte d’1mn, complètement anonyme, ne faisant aucunement référence à mon nom, et surtout pas à HEC Montréal, ainsi qu’une version plus longue (9mn), réalisée par un étudiant et détaillant le canular et me nommant.

Pas plus tard que le matin du 4 avril, je recevais déjà plusieurs messages de menace et de haine. Pour résumer poliment, plusieurs personnes étaient outrées de mon comportement irresponsable en tant que professeur d’une institution de renommée internationale. Étant données les précautions prises pour garder l’anonymat ou dévoiler la blague, j’ai été très surpris, et même un peu effrayé, de la vitesse à laquelle l’ « information » se propageait. Un collègue m’a vite indiqué la source de tous ces courriels : des visionneurs du site Liveleak, qui recueillait déjà 50 000 clics avec une vidéo éditée. En effet, un individu peu scrupuleux avait choisi d’éditer la version longue pour en ôter toute référence à un canular et indiquer clairement qu’il s’agissait de « Justin Leroux, assistant professor at HEC Montréal » avec l’adresse de ma page web sur le site de l’école. Facile, donc, pour les mauvaises langues de trouver mon adresse courriel.

Cette vidéo « pirate » a créé tout un phénomène et enregistre désormais près de 400 000 clics (!!), sans compter les autres sites qui se la sont appropriée à leur compte. Des blogues sont nés de la controverse, suscitant des réactions parfois virulentes : celui du chroniqueur Richard Martineau, celui de l’avocat américain Jonathan Turley. J’ai même été contacté par plusieurs média importants, dont la chaîne américaine CBS et le Journal de Montréal. Le service des communications de HEC Montréal et Robert Gagné, directeur de l’Institut d’Économie Appliquée, ont également été contactés. Bref, rien n’allait plus.

Une intense fin de semaine de « damage control » s’en est suivie, où il s’agissait de poster sur le plus de forums possibles (y compris en Espagne et aux Pays-Bas) qu’il s’agissait d’un canular. Je tiens d’ailleurs à remercier de tout cœur tous les étudiants qui se sont mobilisés spontanément pour défendre la vérité et l’innocence de la blague. Ils se reconnaîtront : alonju, beyonddreams, cocob, gogostar, mangas15, plroy333, supermaigre… et j’en oublie sûrement, merci!)

Une vidéo « officielle », sous-titrée en Anglais, et relativement plus habillée, remplace la première version de 9mn tout en s’en inspirant le plus fidèlement possible. Elle est désormais disponible sur ma page personnelle : http://neumann.hec.ca/pages/justin.leroux/

Si on fait le décompte de tous les internautes que cette innocente plaisanterie a touché, on atteindra très bientôt le demi-million de visionnements. À ce jour, on peut recenser 400 000 clics sur Liveleak, 22 000 sur la version de 9mn, près de 10 000 sur la version anonyme de 1mn, et 6 500 sur la version officielle affichée seulement hier soir.

Tout semble désormais être rentré dans l’ordre. Ce fut une expérience complètement folle et révélatrice de beaucoup de choses sur la manière dont l’information se répand et se déforme sur internet. Juan Alonso, un étudiant de troisième année de notre B.A.A. trilingue dont une des orientations est le marketing, a été fasciné par le déroulement de cette histoire complètement folle et a tout de suite identifié le potentiel qu’elle comportait en matière d’écriture de cas et d’applications au marketing. Je me ferai un plaisir de le guider dans son entreprise, conjointement avec un de mes collègues du service de l’enseignement du marketing à déterminer.

D’un point de vue personnel, l’enseignement qui m’a le plus marqué, et qui s’est manifesté de manière flagrante sur les divers forums, est avec quelle ferveur les étudiants de HEC, actuels ou anciens, soutiennent leur école et leurs profs face à l’injustice. Ce constat est on ne peut plus révélateur de la santé de notre école et m’a beaucoup touché.

Justin Leroux

2 Réponses vers «Un professeur pète les plombs: explications»

  1. Benhammida Alaa dit :

    C’est sûr qu’il y a là plein de lecons à tirer, le plus incroyable c’ets la vitesse à laquelle tout celà s’est propagé, dommage pour un aussi bon professeur de HEC.
    Les anciens étudiants de Justin suivent de près son affaire et sont de tous coeurs avec lui.

    Les T31

  2. Les discours de couloir | L'Intérêt dit :

    [...] Un professeur de microéconomie aurait été pris d’une folie soudaine lors de son cours alors qu’un évaluateur, particulièrement perturbateur, cherchait à faire fonctionner son vieil ordinateur. « Et ça t’as essayé?!», lui cria-t-il avant de refermer violemment l’écran sur le clavier. L’évaluateur, sidéré, ne crie mot. Mais voilà que le professeur s’empare de l’ordinateur et le jette sans manière aucune sur le sol pour enfin sauter sur les quelques débris encore gisants. Les étudiants, ébahis, peinent à comprendre la supercherie alors que le professeur dessine un magnifique poisson d’avril au tableau. Et la communauté non plus, semble-t-il, au regard des nombreuses plaintes qu’a reçues le professeur après la diffusion de la vidéo sur Internet. Les taux de visionnage culminent et les chaines de télévision s’arrachent ledit personnage. On s’indigne de l’attitude irresponsable voire même dangereuse d’un représentant d’une école prestigieuse. Lui s’explique dans le blogue des responsables de la refonte du site HEC Montréal : [...]

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